Déclaration du Réseau Écosocialistes & Insoumis·es

Avec la non-censure de Lecornu, un moment de la vie politique et parlementaire vient - au moins provisoirement - de se clore. Pour autant, les principaux marqueurs de la situation politique demeurent et vont, selon toute vraisemblance, continuer à peser sur les rapports de force et les issues possibles à une crise de régime qui s’accélère. Aujourd’hui, la déconnexion du monde politique et des médias d’avec les réalités vécues par le plus grand nombre connaît un degré rarement atteint. S’accentue en retour le rejet quasi unanime de Macron et des siens.

L’entêtement de Macron à rester au pouvoir et à renommer comme premier ministre l’un de ses derniers soutiens ne peut se réduire à l’égotisme du personnage. Ses décisions relèvent d’abord du choix délibéré de mener jusqu’au bout, au risque de rendre ingouvernable le pays, la guerre de classes acharnée du néolibéralisme autoritaire. Le budget de massacre social annoncé en est la traduction directe.

Dans ce contexte, la décision du parti socialiste de ne pas censurer le gouvernement Lecornu est à la fois une erreur majeure et une faute lourde de conséquences pour la gauche et le mouvement social. Une erreur car les compromissions au nom d’illusoires concessions sur la prétendue « suspension de la réforme des retraites » et la non-utilisation du 49.3 l’enferme dans un piège. Au terme d’un débat parlementaire verrouillé et où le gouvernement reste maître des agendas, aucune remise en cause fondamentale du budget n’est envisageable sans dissolution de l’Assemblée ou départ de Macron. A la fin des débats, les socialistes devront voter l’ensemble du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour que la suspension, intégrée via un amendement au projet du gouvernement, soit adoptée.

Vouloir négocier des compromis avec le gouvernement et les groupes parlementaires « républicains » est voué par avance à l’échec. Aujourd’hui le sentiment va grandissant que l’on se fiche ouvertement des classes populaires au travers d’un budget qui les fait payer en préservant les riches. Il est légitime que la colère s’exprime de la part des laissé·es pour compte qui voient là une trahison.

Cette faute est frontalement en contradiction avec le programme du NFP sur lequel les député·es du PS ont portant été élu·es. Il renie la démarche unitaire qui avait permis de barrer la route à l’accession au pouvoir du RN après la dissolution de 2024. Tenir quelques mois jusqu'aux prochaines échéances et naviguer à vue en saupoudrant de quelques promesses qui n'engagent que ceux et celles qui veulent bien y croire et en faire des symboles de victoires, n’offre aucune perspective. Rien d’autre que d’accorder un sursis permettant de poursuivre et d’accentuer une politique antisociale, écocide et liberticide dont le RN ne peut que profiter. En soutenant cette opération marketing du pouvoir, se trouvent renforcées les raisons du dégoût et du découragement de masse qui depuis plus de dix ans maintenant, ne cessent de renforcer le RN et l’extrême droite en général crédité entre 30 et 35% des voix. Cette tendance est d’autant plus inquiétante au regard du basculement de leur côté d’une partie importante du grand patronat et du capital tandis que fait plus que s’ébaucher le rapprochement de l’extrême droite et de la droite extrême.

L’heure est à l’affirmation d’une gauche de gauche qui tient ses engagements et refuse de céder aux sirènes artificielles d'une droite qui sent le pouvoir lui échapper.

C’est la seule chance pour qu'une alternative apparaisse suffisamment durable, crédible et unitaire pour faire reculer l'attrait irrésistible du RN. Aucun avenir désirable n’est possible avec des politiques de renoncements et de reniements. Tout comme il est absurde d’envisager un cadre « unitaire » sans l’aile gauche du NFP (la FI) mais avec son aile droite qui agit de manière contradictoire avec le NFP (le PS). Il ne s’agit pas de feindre de croire que chacun défend simplement sa boutique. Il s'agit d'une question fondamentale d’orientation politique.

Celle-ci traverse également le mouvement social et tout particulièrement le mouvement syndical avec la décision regrettable de la CFDT de remettre en chantier la très néolibérale « retraite à point ». Il est essentiel que puissent se rejoindre et se renforcer mutuellement des initiatives politiques et syndicales fortes, unitaires et déterminées. C’est à la fois dans les institutions et dans la rue que nous nous ferons entendre et respecter : pour nos salaires, pour le droit du travail et l’accès à un logement digne et abordable, pour l’égalité entre les femmes et les hommes, pour la défense de nos services publics, pour un cadre de vie qui s’harmonise avec la nature. Au plus près du terrain, tous ces combats méritent d’être menés. Semblable union populaire, à l’image du sursaut citoyen qui a réussi à rassembler au-delà des partis et à enclencher la dynamique victorieuse du NFP en 2024, est encore à notre portée. Celle-ci permettrait d’aborder les échéances politiques et institutionnelles qui viennent davantage en position de force, pour résister bien sûr mais aussi pour commencer sans attendre à construire, de la base au sommet, la république sociale et solidaire que nous appelons de nos vœux.

A nous d’en faire vivre l’esprit, dans nos communes et nos quartiers, dans nos villes et nos campagnes, dans nos entreprises et nos administrations. Face à la déliquescence et au chaos d’une cinquième république agonisante, il n’est pas trop tôt pour semer les germes d’une sixième république et du processus constituant qui la fasse advenir.

Place aux nouveaux cahiers de doléances, au partage des richesses et à la justice sociale, fiscale et environnementale, à l’abolition des privilèges, aux assemblées citoyennes se donnant le droit et le pouvoir de faire ses lois. Place au peuple.