Le scrutin municipal de mars 2026 a été un moment de clarification politique. A gauche d’abord, plus que jamais, La France Insoumise s’est imposée comme une force incontournable. Les résultats parlent d’eux-mêmes : des victoires en ayant le leadership à Saint-Denis, Roubaix, Le Tampon, Creil, La Courneuve, Vaulx-en-Velin, Vénissieux… en étant une partenaire essentielle de l’unité de la gauche (Nantes, Lyon…), en faisant son entrée dans de très nombreux conseils municipaux dans nombre de communes.

Cette poussée intervient après des mois de grande calomnie et de diabolisation, que cela soit le feu roulant continu de l’accusation révoltante d’antisémitisme ou le procès en « violence politique » à la suite de la mort du néonazi Quentin Deranque relayées par les médias, par les cadres du Parti Socialiste et mezza voce par la direction des Écologistes. Les nombreuses fusions avec ces partis sont la démonstration qu’il n’y avait là rien de sérieux et illustrent l’irresponsabilité des apprentis sorciers de ces directions.

En face, force est de constater que le Rassemblement National consolide ses positions et gagne de nouvelles villes (Nice, les arrondissements de l’Est marseillais à défaut de la mairie centrale, et surtout des villes moyennes telles que Castres, Carcassonne, Montargis, Montauban…) qui, sans être des surprises, confirment son implantation. En outre, il ne perd aucune de ses municipalités significatives. Au contraire, ses maires sortants sont souvent plébiscités dès le premier tour. Dans la phase actuelle, la croissance du RN se fait essentiellement au détriment Des Républicains qui, lorsqu’ils ne peuvent pas s’appuyer sur un baron local, sont tout simplement absorbés.

La confirmation de l’abdication politique Des Républicains est un autre élément de clarification de ce scrutin : ce parti n’est plus une force indépendante, mais n’existe plus que comme élément de jonction entre la droite conservatrice et l’extrême-droite (RN ou Reconquête). La « neutralité » de B. Retailleau pour Nice où s’affrontaient C. Estrosi d’Horizons et la continuation d’une droite conservatrice-libérale et E. Ciotti, allié du RN, en est l’illustration. Sous une autre forme, dans une configuration plus favorable, à Paris, R. Dati a non seulement obtenu le ralliement des macronistes, mais s’est félicitée du soutien très intéressé de Sarah Knafo, cheffe de file de l’extrême droite. Ainsi, ce scrutin a été un laboratoire de combinaisons de la droite et de l’extrême-droite.

La nécessité d’une démarche de front uni antifasciste est ainsi plus que jamais à l’ordre du jour et confirmée par ce scrutin.

Autre clarification majeure parmi les forces politiques de gauche : seule la France Insoumise prend au sérieux cette nécessité, comme le prouve l’élection municipale à Marseille avec le retrait au second tour de S. Delogu pour faire barrage à l’extrême droite. Or, ce front est central pour les mois et les années à venir. De ce point de vue, la mobilisation accrue des populations précarisées les plus éloignées de l’activité politique reste un défi essentiel, l’abstention demeurant particulièrement forte dans les quartiers populaires.

Face à la droite conservatrice traditionnelle, les contradictions au sein d’un PS désormais principalement un réseau d’élu·es et de collaborateurs d’élu·es sans la moindre doctrine, ont été visibles entre les différentes configurations. La dépolitisation technocratique de ces maires avec pour corollaire des politiques antipopulaires est souvent à l’origine de défaites même avec l’apport de la FI au 2nd tour comme à Clermont-Ferrand.

Dans d’autres cas, comme Toulouse ou Limoges, la vieille garde de l’appareil PS, qui a perdu la ville, a fait un travail de sape contre les listes fusionnées et a réussi à mobiliser une partie de ses réseaux en faveur de la droite. Ces fusions ont été handicapées par les mois de violentes calomnies permanentes auxquelles la direction du PS a participé. La victoire facile à Paris à la faveur d’une opposition de droite caricaturale et incompétente et d’un chantage éhonté des électeurs de gauche ne doit pas masquer que le PS a continué à s’affaisser. Sa direction n’a plus que le discours anti-LFI comme liant, il faut répondre à ces provocations sur le terrain politique : recherche de l’unité avec un fond politique similaire au programme de la NUPES et du NFP, correspondant aux aspirations populaires mais pour lequel le PS est incapable de s’engager pleinement.

Enfin, ce scrutin a été l’occasion d’un éclaircissement sous forme d’étape franchie pour le mouvement de la France Insoumise. D’une part, sous la forme d’un cours de politisation en direct, tranchant concrètement une question stratégique : défendre et chercher à rendre majoritaire une ligne de rupture à gauche face au centre-gauche libéral tout en construisant des fronts avec celui-ci face aux forces les plus réactionnaires et fascisantes de la bourgeoisie. D’autre part, en franchissant un cap en tant qu’organisation avec une plus forte implantation territoriale et une augmentation conséquente du contingent d’élu.es locaux contribuant à sa pérennisation.

Le scrutin présidentiel est le prochain rendez-vous électoral pour lequel la France Insoumise apparaît comme la mieux armée au sein de la gauche. D’ici là la situation sociale est porteuse de potentialités de mobilisation nombreuses. Le Réseau EcosSocialistes et Insoumis·es entend contribuer au sein du mouvement social et de La France Insoumise à cette nouvelle phase aux enjeux cruciaux.